200 ans Cesare Mussini - Schmincke - Feinste Künstlerfarben

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BIOGRAPHIE de CESARE MUSSINI

Résumé écrit pour Schmincke pour les 200 ans de la naissance du peintre, par le Dr.Guy Leclerc (9)

Cesare Mussini est né le 11 juillet 1804 à Berlin dans la maison Verona-Blesson 17/18 unter den Linden, de Natale Mussini, maître de chapelle du roi de Prusse Frédéric Guillaume II et de Giuliana Sarti, fille du compositeur et mathématicien Giuseppe Sarti ( maître de Cherubini maitre de chapelle du roi du Danemark et de Catherine II ).
Il commence ses études au Lycée français de Berlin où il apprend le français et l'allemand. L'italien il le parle couramment à la maison où il perfectionne aussi son français.
En 1818 son père malade décide sur les conseils de ses médecins de retrouver un meilleur climat dans son Italie natale et il se fixe à Florence dans le Palais Osmondi dont il loue deux appartements aux religieux appelés Servites. Ce Palais aujourdhui occupé par l'Université de Chimie donne sur la rue Gino Capponi et longe l'église de l'Annunziata. La famille habitera au rez de chaussée et bientôt Cesare y installera son studio au premier étage. Ils resteront ici jusqu'en 1865, délogés par le Ministère de la Guerre, année où Gouvernement de Toscane s'installe à Florence.

Cesare étudie l'histoire et le droit avec l'intention d'entrer dans la diplomatie, ce qui pourtant ne convient guère à son tempérament franc et sincère. En réalité depuis sa prime enfance il se sent attirer par la peinture et à Florence, berceau de l'art occidental et de la renaissance italienne en particulier. Il passe une grande partie de son temps à visiter les musées et y admirer les grands maîtres que sont Raphaël, Vinci, Titien, Véronèse, Andrea del Sarto.Les huit enfants de Natale sont non seulement polyglottes et particulièrement francophiles, mais ils sont élevés dans le culte de la musique et de l'art en général. Les quatre filles Elena, Celeste, Giulia et Adela seront bientôt chacune « Maestra di Musica » car bonnes pianistes. Adèle va devenir compositeur, Elena l'élève de Ludwig Berger sera professeur de piano à l'Académie philharmonique et à l'Institut musical (futur Conservatoire Luigi Cherubini) après Giorgetti l'élève de son père et Celeste professeur de chant. Cesare élève de son père et de Pierre Rode, devient un violoniste virtuose mais Luigi bien que l'élève de Muzio Clementi ne sera pas musicien. C'est Giuliana leur mère qui leur apprend l'harmonie alors que Natale, tenor à la voix modeste, chante grattant sa guitare personnelle qu'il a transformée en guitare lyre ou joue de son violon avec tant de virtuosité et de sentiment que Cesare en est subjugué.
En septembre 1820 Cesare entre à l' Académie des Beaux-Arts, malgré le septicisme de son futur maître Pierre Benvenuti, se refusant à croire que les deux portraits à l'aquarelle qu'il a fait de ses parents sont de lui. Il fait là des progrès très rapides. Etudiant sans cesse de jour comme de nuit il réussit à gagner tous les prix de l'Académie et en 1828 il gagne le concours suprême du Pensionnat à l'Académie Saint Luc de Rome. C'est le début de la gloire et surtout cela va lui permettre de se perfectionner en peinture d'octobre 1828 à juillet 1832 aux frais du Gouvernement Grand Ducal de la Toscane, qui lui offre aussi l'hébergement dans le Palais de Florence, propriété du Grand Duc.

Ce premier concours de tableau à l'huile se passait à Florence le 11 septembre 1828. Le sujet en était « La mort de Léonard de Vinci dans les bras de François 1er ».( Cesare s'était inspiré d'Ingres et plus encore de l'uvre antérieure de Ménageot peint en 1781-son seul chef-d'oeuvre). Cela lui valut la médaille d'or de son Académie et surtout cela lui ouvrit les portes de l'Académie de Rome.

Pendant les quatre années qu'il passe dans cette ville Cesare va réaliser, ordonnés par son maître Benvenuti, des études succcessives aux difficultés graduées, allant du dessin, à l'ébauche en grès, pour finir par la peinture dont il est enfin libre de choisir le sujet. Ainsi en dehors d'une multitudes de dessins et d'essais, qui serviront plus tard à l'étude de ses élèves florentins, on retiendra de cette période romaine 5 œuvres principales à commencer par le dessin d’« Eco mourant à la fontaine de Narcisse » suivi par le « portrait du pape Grégoire XVI » ce pape qui le distinguera plus tard, et par « St Vincent de Paul qui rassemble les pauvres enfants dans les rues de Paris » pour terminer par deux chefs d'uvres « La Mort d'Atala » conservée aujourdhui à l 'Académie avec le Leonard précédent et « Le Tasse qui lit ses vers à la duchesse Eléonore d'Este » ce dernier à la galerie moderne du Palais Pitti.
Son talent pictural, ses dons de violoniste, sa connaissance de trois langues, sa bonne éducation, son originalité et sa distinction naturelle vont lui ouvrir les meilleures portes romaines, tant de la haute société que du monde artistique. Cesare fut très ami d'Horace Vernet, de Chateaubriand et de Félix Mendelsohn Bartholdi. Les rencontres avec Chateaubriand.( jan.28-mai 29 )

En réalisant « La mort d'Atala » Cesare voulut honorer le grand écrivain français de près de 40 ans son aîné, alors Ambassadeur de France auprès du Vatican. Bien sûr il s'était inspiré du tableau de Girodet peint en 1801 au lendemain de la parution du « Génie du Christianisme » dont Atala était le prélude, mais il avait voulu en accentuer les contrastes de lumière pour mieux restituer la description romantique qu'en avait fait Chateaubriand. Pour cela il avait construit dans son studio une grotte de grandeur naturelle, seulement éclairée par la bougie de la lanterne du père Aubry et la pâle lueur lunaire que tamisait encore un rideau.
Chateaubriand fut enthousiasmé. Il lui rendit visite plusieurs fois à son studio mais Cesare fut obligé d'en fermer la porte à ses amis de l'ambassade tant son Atala avait du succès. Puis Chateaubriand voyant Cesare copier pour Benvenuti avec tant d'application et de passion, la « Déposition de la croix » de Raphaël au Palais Farnèse, décida d’inviter Cesare au Palais Simonetti-Carolis alors notre ambassade.Enfin tout a fait conquis il le reçut dans la villa qu'il avait louée « rue des Quatre Fontaines » au baron Bunsen pour y loger Hortense Allart après que sa femme l'eût enfin quitté. Parlèrent ils de leurs conquètes féminines ? Cesare de Louise, René de Pauline de Beaumont dont le thème du monument romain avait inspiré Cesare, de Juliette Récamier, de la princesse del Drago et enfin d’Hortense ? Cesare vit-t'il Hortense ? il aurait pu lui parler de la comtesse Marie d'Agoult, cette amie d'Hortense parce que Marie était amie la comtesse Thérèse von Lützow , devenue amie de Cesare .
L'ancien Régime, l'èmigration, Napoléon et la Restauration, la révolution grecque et la papauté :
Chateaubriand parla de son exil anglais de 1793 à 1800 où il eut pu connaître Viotti, Cramer et Natale Mussini, de son Itinéraire de Paris à Jérusalem de 1805 à 1807, puis de l'invasion de la Grèce en 1821 et de Missolonghi en 1826 qui firent de lui et de Cesare des Phihélènes convaincus comme Byron et de Delacroix ( le sacrifice de Botzaris et Demetria rappelle les Massacres de Scio de Delacroix )
Suivant la Révolution, l'épopée napoléonienne 1799-1815 avait embrasé le monde et nourri les débuts du romantisme ( Goethe, Beethoven, Victor Hugo).Cependant le légitimiste attardé qu'était Chateaubriand avait désapprouvé Napoléon malgré une jalousie admirative qu'il avait réussi à refouler jusqu'au jour où il concéda à ce vieil ennemi de lui dédier son Génie du Christianisme. Succès mondial amplifié par son prélude qu'était Atala ( seule œuvre connue d' Hortense). Hélas cela ne valut pas à son auteur le rôle rêvé de Maître de l'Université, mais cela permit à Napoléon et à Consalvi de progresser vers la conclusion d'un Concordat. L'église en sortît divisée avec la formation dissidente de du gallicanisme( dont la petite église menée par Monseigneur de Thémines) et de l'ultramontanisme favorable au pape. Cet ultramontanisme était étrangement soutenu par Lamennais. Comme ancien légitimiste cela se concevait mais mais moins maintenant qu'il était devenu un pionnier du catholicisme social. Ainsi le réveil catholique timide issu de ce Génie sortira bientôt renforcé par la vision prophétique plus romantique et plus révolutionnaire de ce Lamennais qui osait abandonner la devise Dieu et le roi pour proclamer Dieu et la liberté prélude à la séparation de l'église et de l'état. Sur ce chemin du changement, ils parlèrent politique et religion et de l'événement du jour qu'allait être le 21 mars 1829 l’élection du pape après la mort le 10 février du bon Léon XII que René Fréquenté avec sa femme et qu'il avait trouvé édifiant et ouvert aux idées menaisiennes mais affaibli par la maladie rhumatismale qui lui penchait la tête. Il refit à Cesare la description de la mise en bière qu'il avait faite à Juliette Récamier et il lui montra Micetto, premier héritage de ce pape malade, petit chat éflanqué autant que son maître car nourri comme lui uniquement de bouillies de pois cassés.

Chateaubriand encourageait le cardinal Castiglioni face au cardinal Albani candidat de Metternich proposé par l'ambassadeur autrichien le comte de Lützow .Chateaubriand dit à Cesare qu'il n'aimait guère Lützow et il faut dire que Lützow le lui rendait bien dans ses rapports à Metternich. Cependant Cesare appréciait beaucoup l'acceuil que Lützow lui réservait en son salon, et plus encore celui de sa femme excellente musicienne et femme de lettre allemande née Thérèse Antoinette Bacheracht. Thérèse était amie de la comtesse Marie d’Agoult au point de traduire son « Julien » et Marie était amie d'Hortense Allart, dont le jeune charme avait envoûté le vieux René plus que son livre « Gérôme ».inspiré de son amour avec un noble Portugais. Le Marquis Gino Capponi s'offrit à la consoler, mais la prolongation de cette liaison ne fut pas du goût de notre René ragaillardi. C'est chez les Lützow que Cesare jouait du violon accompagnant Thérèse ou le plus souvent Félix Mendelsohn
Cette élection fut pour Chateaubrianf un demi-succès puisque Castiglioni fut élu sous le nom de Pie VIII mais que par un savant dosage Albani obtint le poste de secrétaire général. Confronté à ce succès mitigé et aux remaniements parisiens de 1830, Chateaubriand donna sa démission et rejoignit Paris. Mais pour partir en beauté il il donna une somptueuse réception à la villa Médicis ( immortalisée par Norblin) en l'honneur de la princesse Hélène de Russie à laquelle furent conviés les duchessses de Lante et de Devonshire la comtesse de Valence, tous les ambassadeurs et beaucoup d' artistes dont Horace Vernet et Cesare.

La villa Medicis et la famille Vernet. Horace Vernet nommé directeur en 1828 y donna de fastueuses réceptions que présidaient sa femme et sa fille Louise. Cesare y vint souvent.Il approuvait Horace en sa manière de peindre d'après nature car c'était la sienne, il admirait son agileté, et allait jusqu'à copier ses excentricités. Horace avait installé son atelier dans les jardins.Il y régnait un bric à brac invraisemblable bien décrit par Mendelsohn à sa s'ur Fanny.Cesare tomba amoureux de la belle, Louise, intelligente et talentueuse pianiste au point d'en dessiner le portrait. Mais les prétendants étaient nombreux, Mendelsohn peut-être, Berlioz sûrement, un peintre orientaliste et Paul Delaroche. C'est ce dernier qui fut élu. Comme élève d'Horace eut-il une préséance?

L'amitié qui lia Cesare à Félix Mendelsohn fut très étroite. Félix était déjà un ami de sa s'ur Elena car ils avaient été été tous deux à Berlin élèves de Ludwig Berger en même temps que sa propre s'ur Fanny mariée au peintre Wilhelm Hensel .Cesare était un excellent violoniste, élève de son père et du célèbre Pierre Rode ( son voisin de palier à Berlin et bientôt son allié qui à l'âge de 12 ans le prit comme second violon dans ses quartets). A Rome, membre de l'Académie Philharmonique, il en fut un moment directeur ce qui lui permit un jour de diriger un orchestre ( plus tard à Florence et à Baden Il dirigera des concerts des concerts de charité). A peine Félix avait-il créée une oeuvre nouvelle qu'il voulait en éprouver la valeur en se mettant au piano, Cesare l'accompagnant sur son Guarneri de Gesu qui ne ménageait pas sa critique A Rome Félix et Cesare fréquentaient les mêmes salons, ceux de du Palais de Venise, qui était celui de l'ambassadeur d'Autriche le comte Heinrich von Lützow et son épouse écrivain et bonne musicienne qui recevaient aussi au Palais Torlonia, le salon du baron Bunsen ami berlinois de Félix. Ils fréquentaient les peintres nazaréens, Wilhelm Schadow, Peter Cornelius, Schnorr von Carolsfeld souvent réunis dans la Casa Bartholdi, ancienne propriété de l'oncle de Félix.
Pendant l'année 1837 Cesare installe un studio à Milan dont on n'a guerre de trace sinon dans quelques lettres. A Milan il est encouragé par son ami et mécène le marquis Philippe Ala Ponzoni.

C'est pourtant en cette année mal connue qu'il va inventer les COLORI MUSSINI

C'est aussi de fin novembre 1837 au début août 1838 l'année de son retour à Berlin.

Après vingt ans d'absence il retrouve à Berlin la maison 17/18 unter den Linden ( 2) où il est né et surtout les nouveaux propriétaires que sont les vieux amis Blesson, l'ingénieur-commandant écrivain militaire, Louis Blesson sa femme Catherine née Schmedding et leurs onze enfants dont l'aînée Elise est très belle. Elle est née en 1822, soit quatre ans après le départ des Mussini. Malgré les 17 ans qui les séparent c'est un coup de foudre réciproque et les fiançailles se font malgré les réticences d'Annette Blesson et du grand père Schmedding. Pendant ce court séjour Cesare, grâce au savant Louis Blesson et à ses bons rapports avec le roi et la reine réussit à obtenir un entretien avec le Prince Wittsgenstein. Celui-ci accepte finalement de régler la pension due à son père, mais non réglée depuis 20 ans. Cesare rencontre à cette occasion d'éminentes personnalités berlinoises comme l'homme d'Etat Guillaume de Humboldt, Bismark, Rone et de Molkte.

Cesare retrouve aussi à Berlin les peintres Wilhelm Schadow, Pierre Cornélius, Franz Krüger le portraitiste des parades militaires, des rois de Prusse, de leur cousins les tsars, des Blesson père et fils et du grand père Schmedding et l'ami peintre Adolph Henning dont l'atelier a acceuilli discrètement les promis et acceuillera quelques œuvres de Cesare pour quelque vernissage avant une exposition berlinoise. Il rencontre aussi le sculpteur Christian Rauch dont la famille poursuivra les relations.

Cesare entreprend alors un long voyage de retour, passant par Dresde, Prague, Vienne, Côme pour arriver à Milan où il fait partie des invités le 6 septembre 1838 au couronnement de l'empereur d'Autriche Ferdinand 1er comme roi de Lombardie-Vénétie. Il y rencontre son ami le marquis Philippe Ala Ponzoni, Giuseppe Verdi. L'Empereur lui avoue le connaître de réputation et il est invité à dîner par Metternich. Le Prince Joseph Poniatowski devenu aussi son ami et mécène, lui passe alors des commandes de tableaux importants tel « Stanislas Poniatowski ( Oncle de Joseph) qui libère ses esclaves polonais en 1777* » tandis que le marquis Ala lui commande « La belle ferronière qui sort du bain », « Giuliette et Rome », «Rebecca » « une zingara » (une bohémienne) et « un Page à la cour de François 1er » .

Le 15 juillet 1840 a lieu à Berlin en l'eglise catholique Ste Edwige ( Hedwig) un grand mariage celui de Cesare Mussini avec Elise v. Blesson.
Cesare a revêtu son uniforme de Garde Noble de Lucques orné de l'Eperon d'or qui le fait comte palatin.
On y voit un carrosse des calèches des militaires en grand uniforme bardé de décorations,des bourgeois en habits et hauts de forme, des femmes en robes amples et longues élégamment chapeautées. La cérémonie est suivie d'une réception fastueuse dans le grand salon des Linden où a été dressée une chapelle.
Elise a noté avec prècision le chemin du retour On l'acceuille chaleureusement à Florence. Frères et s'urs de Cesare et amis ne parlent plus que de « la belle Prussienne ».

La renommée de Cesare grandit. Les décorations et les ordres les plus prestigieux lui viennent d'Italie et du Pape, d'Angleterre et d'Allemagne (3 ). Le prince Anatole Demidoff, futur mari de la princesse Mathilde est un riche collectionneur avisé. Sa villa de Pratolino devenue villa Demidoff expose des ta bleaux et un de Mussini. Mécène incontournable il connaît bien les frères Mussini et informe le tsar Nicolas 1er de la renommée ascendante de Cesare, créateur de grands tableaux historiques ou religieux. Tant et si bien que Nicolas 1er propose à Cesare la réalisation de 6 tableaux religieux destinés à orner les niches des piliers de St Isaac. Cesare accepte et commence les premières études d'après nature.

En 1843 Cesare donne sur invitation son autoportrait à la galerie des autoportraits du Musée des Offices. Il en peindra 10 répliques, beaucoup pour sa famille et une pour la maison de Raphaël.

A St Pétersbourg il fera un long séjour de 22 mois de juillet 1844 à mai 1846
Il achève de realiser les six grandes esquisses de la vie du Christ, l'Annonciation, la Naissance, la Circoncision, le Baptême, la Présentation au Temple, la Transfiguration (seuls ces 3 derniers tableaux sont visibles). Le Tsar en est si satisfait qu'il veut garder ces esquisses obligeant Cesare à en faire pour lui de nouvelles. Il peint aussi pour le Tsar une « Santissima Annunziata » et « le Suaire de Ste Véronique » et « Laurent de Medicis mourant fait revivre le poème de Dante à la villa Careggi » (à la villa Strozzi du Boschetto).
Après avoir passé trois ans à Florence.
Le voilà reparti pour un second séjour de 9 mois à St Pétersbourg d'août 1849 au 30 avril 1850
C'est un voyage périlleux sur une Baltique déchaînée qui l'oblige à faire demi-tour pour ne pas risquer que s'altèrent ses immenses tableaux roulés dans des fûts de bois.Puis il repart et retrouve son atelier de l'académie situé à l'Ermitage, derrière la salle des copies de Raphaël.
Il est devenu un intime de la famille impériale, aussi bien de Nicolas 1er que de la Tsarine Alexandra Fedorovna, fille du roi de Prusse.Invité aux soirées amicales il participa aux jeux les plus simples sans étiquette.Quand la Tsarine se mettait au piano, elle demandait à Cesare de l'accompagner avec son violon. Le Tsar reconnaissant, lui offrit son chiffre et une précieuse tabatière incrustés de brillants puis un jour un cheval de race, dont la selle était incrustée de pierres précieuses. Ce jour là il lui proposa de bien vouloir passer la revue militaire avec lui au camp de Krasnoïe-Tselo à Peterhof. Satisfait des esquisses, il demanda à Ricard de Montferrand, d'établir un contrat au nom de Cesare, signé par cet architecte et Beauharnais duc de Leuchtenberg son gendre.Les conditions en étaient précises autant que rigoureuses, exigeant la meilleure qualité des peintures et l'obligation de s'inspirer des maîtres anciens Raphaël, Titien, Véronèse et Andrea del Sarto et enfin de peindre les figures d'après nature.
D'après nature Cesare le fit toujours pour ses nombreux portraits et là pour la Présentation au Temple, il avait pris sa chère Elise pour modèle en l'idéalisant.Bien sûr il utilisa la meilleure qualité de peinture, puisque depuis son invention de 1837 il ne peignait plus qu'avec ses Colori Mussini, sans huile. Le résultat avait conquis Nicolas Ier et conquerra Théophile Gauthier dix ans après qui décrira les tableaux de Mussini dans son voyage en Russie en 1859. En 1875, l'Empereur du Brésil Pedro II , gendre de Nicolas Ier, cet ami des artistes dont Victor Hugo, ce libéral, qui voudrait émanciper ses esclaves, revient de Russie. Passant à Florence il souhaite rencontrer Cesare pour le féliciter en français «Les couleurs de vos tableaux de St Isaac sont merveilleusement conservées, alors que celles de vos collègues ont noirci ».Cent ans plus tard en 1975, nous faisons le même constat et photographions les trois tableaux exposés à l'insu du gardien. ( il existerait des diapositives des 3 autres )

Les COLORI MUSSINI furent inventés par Cesare en 1837. Toutes ses œuvres postérieures sont peintes avec ce procédé quelqu’en soit le support ( carton, toile, fresque,étain…). L'essentiel de l'invention était d'avoir éliminé l'huile accusée du jaunissement pour la remplacer par « un jus » particulier fait d'une résine spéciale de pin et d'une plante rare.
Plusieurs tests impressionnants furent réalisés.Le premier consista à exposer un « Ecce Homo » pendant un an sur le toit d'une maison. Il en revint intact et conserve aujourdhui sa fraîcheur originale.La seconde expérience est encore plus surprenante. Cesare exposa une de ses toiles sur le toit du Musée de Berlin en 1840 et l’oubliera pendant dix ans. Passant à Berlin en 1850 sur le chemin de son second voyage en Russie il se souvient par hasard de cette oeuvre haut perchée et en parle au nouveau Directeur qui n’est pas au courant. Ensemble ils vont la décrocher et à leur étonnement total, constatent ensemble la bonne conservation du tableau et la destruction d’autres laissés en comparaison

En 1875 un industriel d’Elberfeld, Ludwig von Lilienthal recommandé par Rudolph Ulrich, chef du Gouvernement Régional, son voisin de Düsseldorf, et beau-frère de Cesare, rencontra Cesare à Florence.Intéressé par cette découverte il en confia la réalisation à Hermann van Moolen, un industriel de Geldern déjà fabricant de colle qui résolut de la commercialiser en tubes. En 1881 les deux fondateurs de la firme Schmincke de Düsseldorf, Hermann Schmincke et Joseph Horadam, au courant de cette réussite rachetèrent ce fameux brevet. Les archives de Schmincke ayant brûlé pendant la dernière guerre nous ne savons rien des tractations intermédiaires ni des postérieures. Pour les postérieures, il existe quelques indices archivistiques qui nous laissent à penser que les héritiers de Cesare Mussini eurent quelques difficultés à obtenir satisfaction pendant un certain nombre d'années.
En 1927 le peintre et professeur Hermann Urban ( né en 1866 fils d’une cantatrice) écrit à Schmincke qu'il n'utilise que les Colori Mussini depuis 40 ans pour leur éclat et leur résistance.

Parmi les œuvres marquantes (4) citons « Raphaël et la Fornarina » au musée de Louvain, « Georges Rhodios qui tue sa femme Demetria et se suicide pour échapper au joug musulman » au musée du Palais Royal de Turin, Caïn qui médite son fratricide et un grand carton de « St Jean prêchant dans le désert » au musée de Parme(un St Jean en tous points semblable au St Jean du Baptême), au Palais Pitti une « Pelegrina » voisine son « Tasse lisant ses vers à Eleonore d'Este» et son « Sarti » et tout près dans la Meridiana « la conjuration de Pazzi ». Son beau-frère, le peintre Girolamo Stefani va en tirer les premières lithografies apparues en Italie. Le succès fut tel qu'on trouva le sujet reproduit partout jusque sur les panetone. Cesare continuera pourtant à peindre 7 à 10 répliques des thèmes principaux.
Cesare Mussini a peint un grand nombre de portraits beaux et romantiques, tous d'après nature(sauf son grand père Sarti (au Pitti) peint d'après l'original de Salvatore Tonci) Beaucoup concernent sa famille , son père Natale, sa mère Giuliana, ses frères et s'urs Camillo, Celeste, Luigi, Adèle, sa femme Elise à divers âges et ses s'urs Clara ( aussi son mari et ses enfants) Olga et Rosalie, sa fille Constance et son mari l'avocat Giovanni Verzani et leurs deux jeunes enfants Carlo et Elisa, son beau-père Louis Blesson à divers âges et sa femme Catherine Schmedding. J'en ai retrouvé la plupart chez les descendants italo-germano-français alors qu'ont disparu tous les autres portraits, autant ceux de la parentèle ( Grabau, Inghirami ) que ceux des nombreux amis florentins ou d'ailleurs à part le très beau tableau de « la famille Stibbert » au musée du même nom et ceux des personnalités étrangères comme la Princesse Troubetzkoï , le prince Gregoire Wolkonski et son fils.

Cesare nous l'avons vu fréquenta à Rome, à Berlin, à Vienne et à Prague d'éminentes personnalités dont il fut l'ami, Chateaubriand, Horace Vernet et bien d'autres peintres, Mendelsohn et sans doute Berlioz chez les Vernet. Il fréquenta les rois de Prusse Frédéric Guillaume III et IV , le prince Wittgenstein, de Molkte, Rone et Bismark, l'Empereur d'Autriche François Joseph et Metternich, le ministre Kolowrat, Burgrave de Bohême fondateur du musée de Prague, le roi de Lombardie-Vénétie et le pape Grégoire XVI , le tsar Nicolas 1er et l'Impératrice, ses gendres Beauharnais duc de Leuchtenberg et Pedro II Empereur du Brésil. A Rome ou à Florence il se lia avec les Princes Wolkonski et Joseph Poniatowski, la princesse Troubetzkoï, le colonel comte Boutourlin ex aide de camp d' Alexandre 1er, les princes Corsini et Strozzi, le marquis Gino Capponi, les Sedonceska, Basilewski, Pandolfini, Uguccioni, Finzi, Barzellotti, Dini, Carolatti, les Hüffer, les Grabau et Inghirami ( ces deux derniers parents de sa femme). Le Grand Duc Leopold de Toscane lui rend visite en son studio le 5 octobre 1849.

Pendant près de 50 ans la Casa Mussini ( 5,6,7,8) de 1818 à 1865 du Palais Osmondi fut le siège de réunions artistiques, musicales et littéraires que fréquentaient les maîtres Benvenuti et Bezzuoli, les élèves et collègues peintres Michele Gordigiani et Adolph Stürler, le critique d'art Luigi Venturi, conseiller du Grand Duc, les sculpteurs Lorenzo Bartolini et Giovanni Dupré et le graveur voisin Garavaglia, les écrivains Guglielmo Libri, Giuseppe Giusti et le dramaturge Gian Battista Niccolini (ces deux derniers ont célébré par un poème une œuvre de Cesare). Venait enfin le vieux marquis Gino Capponi qui fut ministre, peintre et écrivain bien qu'il fut presque aveugle mais il venait en voisin, car le Palais Capponi était proche dans la même rue qui porte désormais son nom.Bien sûr venaient les musiciens,comme Clementi de passage, qui avait rencontré Natale à St Pétersbourg puis enseigné le piano à Luigi, Théodore Döhler( 1814-1856 Florence) et Luigi Gordigiani ( 1806-Florence-1860) père de Michele et surtout le prince Poniatowski ( Rome1816-Chiselhurst 1873 ) En 1873 Cesare voulut honorer, cet envoyé de la France, ce mécène, compositeur des trois opéras seria Bonifacio de Geremi, les Lambertazzi et Marek Adel en créant pour lui deux de ses dernières œuvres « Imelda des Lambertazzi et Bonifacio des Geremi »et « Marek Adel ». De 1865 à 1875 dans la double maison du 29,31,33,35 Borgo Ognissanti il poursuivait ses soirées artistiques et théatrales.Frappé par une attaque en 1875 il laissa son pinceau et se consacra uniquement à la musique formant avec les professeurs Cropri, Pilati et Montelatici « le Sublime Quartet » qu'Elise accompagnait parfois au piano.

Il mourut le 24 mai 1879 et repose à environ un kilomètre de Barga à la Palmette, chapelle privée, des nobles Verzani de Barga, près de sa fille Constance, de son gendre l'avocat Giovanni Verzani maire de Barga et deux petits-fils Carlo et Guido.
Une grande plaque en marbre blanc évoque quelques faits marquants de son parcours terrestre.

Parmi les Références citons son autobiographie transcrite par son fils Arturo auteur aussi du répertoire le plus complet de ses œuvres- sa vie et celle de la famille écrite par sa femme Elise « Lebenserinnerungen »- et écrite par son petit-fils Lodovico Verzani qui a répertorié avec minutie les articles d'époque- le Benezit et surtout le Thieme und Becker et deux publications récentes « Culture néoclassique et romantique dans la Toscane Granducale » ( Florence Sandra Pinto 1974 ) et« L'Immagine di Leonardo » cat.de l'expo. 1997 à Vinci par Paolo Ciadi et Carlo Sisi où est représenté le Leonard de Vinci.

1 Extrait d'une biographie en préparation qui incluera des illustrations et les 2 listes suivantes 3 et 4
2 cf „Das Haus Verona-Blesson 17/18 unter den Linden ein Jahrhundert italienisch-französischer Familiengeschichte“" dans la revue mensuelle" die Monatsschift de mai 2001 accessible sur internet
avec www.berlinische-monatsschrift.de Heft 5,2001
3 la liste complète qui se veut exhaustive a été établie par le docteur Guy Leclerc en décembre 2003 sous forme d’un tableau synoptique, mettant en parallèle le catalogue chronologique de Florence publié en 1854 et la liste selon la nature des œuvres, écrite par son fils Arturo Mussini en 1881 plus complète mais excluant les portraits
4 La liste des Prix, ordres et décorations a été établie à partir des écrits d'Elise Mussini née Blesson,
d'Arturo Mussini et Lodovico Verzani
5 cf ma communication faite à Faenza le 29 nov.2002 « Nuovi documenti iconografici e biografici
su Giuseppe Sarti e la sua famiglia » qui décrit ces belles soirées de la Casa Mussini et devrait être
publiée en 2004-2005 dans le revue musicale de Bologne, Quadrivium
6 « Deux femmes pianistes méconnues Elena Mussini-Stefani et Adele Mussini-Branca dans une famille de musiciens et de peintres connus » mars 2004 par Guy Leclerc sur le site de la pianiste Cristina Ariagno www.cristina-ariagno.com en cliquant le chapître « About Art Nouveau, Art and Music » ( français ou italien )
7 « Genealogy of the family Schmedding “ 2001 ( 4 vol.1500 pp500 ill.) par Michel Nuss de Rijk. En tant que collaborateur, j'ai rédigé les généalogies et les biographies Sarti, Mussini,Verzani, Blesson, Tassaert…
8 Articles de Guy Leclerc dans la revue annuelle Tournefeuille N°8 année 2000 « Tassaert et Sarti », année 2003
« Les Tassaert, leur milieu, leur descendance », 2004 « La pastelliste Félicité Tassaert-Robert » et « les autoportraits de Cesare et Luigi Mussini ».
9 le Dr.Guy Leclerc est aussi poète cf avec google - Mur de Poesie de Tours - 2003 et 2004 « Pauvre Creuse » et « Anima Mea » (à sœur Emmanuelle). Liste alphabétique de poètes.Cliquez à Leclerc Guy : poèmes+photos+CV
*Le Prince a voulu que sur ce tableau figurent Cesare Mussini (autoportrait) et le compositeur Luigi Gordignani

NB : les uvres de Cesare Mussini sont indiquées en italique et en caractère gras

Images

Selbstportrait Cesare Mussini, 1842